Ma chat-loperie,

Tu savais que ce surnom était plein d’amour et de sous-entendus et tu ne m’en as jamais tenu rigueur, tu y répondais même.

Ma petite folle, qui a bien mal commencé dans la vie, née et grandie dans un environnement a priori peu épanouissant, terrorisée par les bipèdes et par les autres chats, qui a eu la chance d’arriver chez Sylvie et de découvrir que certains humains aiment réellement les chats mais où tu a fais une gestation à problème, tu as failli y rester, Sylvie t’a sauvée et tu es devenue retraitée d’élevage, à l’age tendre de un an et demi.

Ma crevette, qui a passé sa première semaine chez nous terrée derrière le canapé. Le premier câlin donné spontanément, le premier ronron. Comme si tu savais que je m’étais battue pour t’avoir, tu es devenue MON chat. Qui me faisait la fête quand je rentrais, qui me suivait partout avec ton vocabulaire étendu et des dizaines de modulations différentes que je savais toutes interpréter, même si je te disais "la ferme" vingt fois par soir.

Ta première sieste avec Sweet avec qui tu t’es entendue à merveille après les premiers crachats, découvrant par là aussi qu’un autre chat ce n’est pas que des coups et la privation de nourriture mais des jeux et des câlins. Vos séances de toilettage.


La superbe nounou de notre première portée, l’an dernier. C’était autant tes bébés que ceux de Sweet. D’ailleurs quand le petit a quitté la maison, c’est toi qui l’a cherché et pas sa mère qui en avait ras les oreilles.

Toi qui avais une puissance folle dans les pattes arrières, des doigts si forts et 20 crans d’arrêts impressionnants et qui m’as laissé des cicatrices indélébiles en te débattant dans mes bras suite à des crises de panique mais qui n’as jamais ni mordu ni griffé personne volontairement, ni même mis un coup de patte quand les deux petits monstres se faisaient balader dans l’appart accrochés à ta queue.

Toi si joueuse et tes quarts d'heure de folie avec Sweet, la peste noire, ou la grosse souris en peluche. Toi qui nous la jouais toujours genre "j’ai rien mangé depuis 15 jours", qui détectais la moindre ouverture de frigo, qui crochetais sans vergogne nos fourchettes si elles avaient le malheur de passer à ta portée.

Toi qui dormais avec nous, sur mon ventre, sur le dos de mon mari. Toi qui depuis quelques mois restaisà observer les invités sous le bureau et plus terrée sous le lit. Toi qui depuis quelques semaines venais même renifler les arrivants inconnus. Enormes progrès.
Trop de progrès ma chérie. Tu as pris confiance, voulu étendre ton territoire et a soudainement réalisé que pour un chat de ton agilité le filet anti-pigeon tendu entre les balustrades de la terrasse n’était pas le bout du monde alors que tu y avais sagement dormi toutes les nuits de la canicule de l'été dernier.

Toi que j’ai récupérée 3 fois la semaine dernière piquant des sprints sur une rembarde de 2 cm de large au 5ème étage avec en dessous le vide et en bas la rue. Toi qu’on avait rebaptisée Houdini quand après 2h de bricolage acharné tu as réussi à passer la séparation nouvellement installée entre appartements, qu’on croyait inviolable.

Toi que j’ai privée de sorties en attendant de trouver une solution. Toi qui as tenté ta dernière sortie par la fenêtre oscillo-battante basculée la nuit du jeudi au vendredi 13 août et qui as raté ton coup ; toi la fière qui ne m’as appelée que quand il était déjà trop tard. Au bout de combien de temps, je ne saurais jamais et Dieu merci je ne veux pas le savoir.

Toi que j’ai vue prostrée, pour qui d’aimante je me suis transformée en bourreau, l’aiguille à la main et te tenant la patte pour que la perf coule. Toi qui m’as fait comprendre ce matin que tu n’en pouvais plus. Toi qui t’es endormie pour toujours dans mes bras aujourd’hui à 12h30 à 3 ans et quelques mois. Toi pour qui, en sanglotant, je viens de remplir un registre stupide "sortie le 15 août 2004, cause : euthanasie".

Toi que j’aime encore à la folie et qui laisses un vide énorme. Toi que j’ai l’impression d’avoir trahie. Tu es partout, et tu n’es plus là. Dors bien,ma petite folle, je t’aime. C'était peut-être ton karma de partir tôt. L'échographie avait montré une grosse boule dans ton ventre qui n'avait rien à voir avec l'accident et qu'on n'avait jamais remarquée auparavant...


Retour